Mes auteurs préférés... sont souvent des classiques ou des précédents générations, donc je les trouve en occasion!!!
Enfin j'aime aussi certains auteurs contemporains (Richard Powers, Toni Morrisson, Laurent Gaudé, Lionel Duroy, etc.)
Je viens de Terminer la lecture d'un autre roman d E.M. Remarque : « LES EXILES »
1935, en Europe : les juifs et opposants politiques d’Allemagne, fuyant les incarcérations et ce qu’on appelait encore « les camps de concentration et de travail » essaient de trouver refuge dans les pays frontaliers: Autriche, Suisse, Italie, puis France. Des situations dramatiquement ubuesques s’ensuivent: refoulés d’une frontière à l’autre, comme des balles de ping-pong, parfois ils rencontrent des élans de solidarité très émouvants mais bien souvent, ils se heurtent à la face la plus sombre, cachée et ignoble de l’être humain…. Certains résistent et espèrent, d’autres préfèrent voir s’il existe un monde plus « humain » dans l’au-delà.
C’est un roman bouleversant. Comme toujours chez Remarque, l’écriture est ciselée et sans mélo, les personnages extraordinairement bien campés (il y a certaines scènes humoristiques, les dialogues sont excellents, souvent ).
ironiques…)
Le titre en allemand est « Liebe deinen Nächsten »: « Aime ton prochain ». Il a été traduit à l’époque (mon édition date de 1970) par « Les exilés » mais on aurait pu aussi choisir « Les Migrants ».
Un roman que l’on doit lire et faire lire, notamment à la jeune génération, car on est en train de voir revenir sans complexes un peu partout dans le monde la peste brune, que l’on croyait endormie pour toujours, et qui est en train d’étouffer l’Humanisme et la Fraternité…..
Extraits :
« Et tout cela parce qu’un bout de papier dénommé passeport les séparait, lui et l’employé baillant d’ennui derrière son bureau. Leur sang battait au même rythme, leurs yeux avaient la même structure, leurs nerfs réagissaient aux mêmes excitations, leur pensée se déroulait selon le même processus, et cependant un abîme les divisait ; tout chez eux différait, la quiétude de l’un se résolvait en torture pour l’autre, ils étaient possédant et possédé, et l’abîme qui les séparait se bornait à un chiffon de papier où étaient inscrits un nom et un signalement banal. »
« Vous ne pouvez pas encore comprendre, se récria-t-il
-C’est plus facile à comprendre que vous ne le croyez, répliqua Kern. Vous êtes malheureux, c’est tout.
C’est tout?
Oui. Au début on s’imagine que c’est quelque chose d’exceptionnel. Mais vous le remarquerez bien vite quand vous aurez été en route pendant un certain temps, le malheur est ce qu’il y a de plus banal au monde. »
« En quel siècle vivons-nous ! La paix est assurée par des canons et des bombardiers, et l’idéal humain garanti par des camps de concentration et des pogroms. Nous assistons à un renversement de toutes les valeurs, Kern. L’agresseur aujourd’hui passe pour le défenseur de la paix, l’opprimé et la victime troublent la paix du monde. Et il existe des populations entières qui ajoutent foi à ces croyances »
« Pourquoi donc ne veut-elle pas s’en aller? demanda le paysan (c’est moi qui ajoute : une jeune femme est très malade et devrait aller à l’hôpital. Elle et son compagnon sont réfugiés chez un brave paysan, dans sa grange)
Parce que nous serions séparés.
Mais cela n’a pas d’importance. Vous n’avez qu’à l’attendre.
Ce n’est pas possible. Si elle est à l’hôpital on verra qu’elle n’a pas de passeport (…) ensuite la police l’amènera à la frontière, et je ne sais ni où ni quand.
Le paysan secoua la tête.
Et vous n’avez rien fait, rien commis?
Nous n’avons pas de passeport et nous ne pouvons pas en obtenir, c’est tout.
Ce n’est pas ce que je veux dire. Vous n’avez pas volé, vous n’avez pas escroqué quelqu’un ou fait quelque chose de ce genre?
Non.
Et malgré cela on vous traque comme si un mandat d’arrêt était lancé contre vous?
Oui. »
Le paysan cracha par terre.
« Comprenne qui voudra. Un homme simple comme moi est incapable d’y comprendre quelque chose ».
« Le juge haussa les épaules (….) « Il faut que nous protégions notre pays contre l’envahissement des réfugiés »
« Une chronique riche d’enseignements, déclara-t-il alors. Vive l’anéantissement de l’individu. Chez les Grecs de l’Antiquité, l’activité de l’esprit était une distinction. Ensuite elle devint une joie. Plus tard une maladie. Aujourd’hui c’est un crime. L’histoire de la civilisation est racontée par les souffrances de ceux qui la créèrent ».