Cette expo n'est pas récente mais date de Février, toutefois elle reste interessante et d'actualité. C'est une vitrine reconnue de l'art contemporain avec ses excès mais aussi des choses intéressantes que je vous partage. Ce n 'est ni exhaustif ni objectif, c'est ce qui m'a intéressé.
Les textes associés sont des scans (merci à mon téléphone qui fait de la reconnaissance de texte)
Sacha CAMBIER DE MONTRAVEL
L'Errance de Caïn - Retable de trois panneaux,
huile sur bois. 90 x 140 cm. 2024
La peinture de Sacha Cambier de Montravel semble de prime abord assez classique dans sa facture. Débordant de références médiévales, byzantines, s'inspirant tout à la fois du Moyen Age tardif et de la Renaissance du Nord, ses huiles sur bois sont imprégnées d'une esthétique de l'érotisme mêlant solastalgie, nihilisme queer et sexualité sadienne.
Des personnages et objets ultra contemporains surgissent de ses paysages et en perturbent l'apparente quiétude. Sacha Cambier de Montravel joue sciemment avec les codes de la culture classique et teinte ses compositions d'expériences plus personnelles mêlant lieux de cruising, sexualité BDSM et déchets, lesquelles relaient une forme d'angoisse face à un monde en voie d'extinction.
Pour le Salon de Montrouge, il crée L'Errance de Caïn, un retable au centre duquel il place le personnage de Caïn, symbole d'une entité déchue, anti-sociale et annonciatrice de l'Apocalypse. Entre névrose et psychose, le peintre semble s'identifier à cet être désabusé, rejeté et lucide sur les temps à venir.
Le retable sera ouvert et fermé régulièrement, tout au long de la journée. (ps, je ne l'ai vu qu'ouvert).
Clément BATAILLE
Chute, Baptême, Baiser - 167 x 232 cm
(panneaux latéraux 167 x 58 cm chaque,
panneau central 167 x 116 cm). 2024-2025
Clément Bataille reprend les techniques et l'iconographie des primitifs italiens pour en déconstruire la paisible expression.
Pour le Salon de Montrouge, il réalise Chute, Baptême, Baiser, un triptyque sur bois qui reprend trois grands moments bibliques comme support narratif. En y introduisant des personnages contemporains, il sème le trouble. Chaque panneau est un écho à une masculinité
anticonformiste déjà présente dans le livre et proche de revendications actuelles. Le panneau central est une reprise du Baptême de Piero della Francesca. Une chute de l'Ange et un baiser de Judas l'encadrent. Les protagonistes sont des proches de l'artiste ou des influenceurs,
clichés d'une sous-culture érotique contemporaine. Les fleurs et décors viennent du Pérugin, de Giotto ou du jardin de Derek Jarman, cinéaste queer britannique dont le modus operandi est au cour du triptyque.
Dans Portraits (tu ne ferras pas d'images), l'accrochage de carreaux de céramique présente une galerie de portraits au cadrage serré - comme les murs d'icônes orthodoxes. La juxtaposition de figures s'accumule dans la fièvre et la sensualité de l'expérience mystique.
Léonore CHASTAGNER
Léonore Chastagner construit au fil des années un vocabulaire de formes figuratives centrées sur les notions d'intimité, d'intériorité et de tendresse. Le vêtement plié, l'espace de la chambre et les gestes du corps y sont des thèmes récurrents. Sa recherche se situe à la frontière du relevé d'ethnographie, elle prend le parti du mou, du détail et du familier.
La céramique est son matériau principal, ses pièces sont fabriquées exclusivement par modelage, elle n'utilise ni engobe ni émail et laisse l'argile brute. En s'appropriant une pratique artisanale, longtemps considérée comme sans valeur et appelée « passe-temps », elle oscille entre la référence classique et le désuet pour aborder la notion d'attente liée au féminin. La céramique est pour elle le matériau des fouilles archéologiques, de la preuve, de la trace, de la permanence. Elle lui permet d'inscrire le quotidien dans la durée.
Ludovic NINO
Ludovic Nino s'intéresse aux paysages clos et aux lieux naturels, des territoires qu'il habite ou traverse. Plus spécifiquement aux friches, ces lieux semi-naturels, de surgissement d'un vivant au sein d'un milieu à l'origine synthétique. La friche, ne dispose pas de la même aura que la ruine. Structures situées en dehors des conventions, éphémères, elles laissent place à une forme d'entre-deux, d'un tiers paysage. À partir de ses explorations, Ludovic Nino construit des paysages dans lesquels la végétation occupe la quasi-totalité de l'espace. Chaque plante est méticuleusement sélectionnée parmi les espèces locales ou celles de ses caraïbes natales. Pour le Salon de Montrouge, il crée une série de dessin, formant un paysage associant plantes taiwanaises et martiniquaises dans le but d'établir un lien entre ces deux espaces insulaires marqués par la colonisation.
Cécile CORNET
Femme à la cruche - Acrylique sur lin.
220 x 50 cm. 2023
Les trois œuvres présentées font partie de la série #StayAtHomeGirlfriend, commencée en 2023 suite à la viralité du hashtag sur les réseaux sociaux présentant des jeunes filles affairées à leurs tâches ménagères quotidiennes.
Inspirées par l'univers des soap operas - émissions télévisées des années 1950 destinées aux femmes au foyer financées par l'industrie de la lessive - les œuvres de Cécile Cornet témoignent d'une résurgence de l'injonction à la domesticité : faire son pain, trier, nettoyer, encore et encore. Ces gestes « anodins » réalisés principalement par des femmes sont au cour de son travail. Ses personnages féminins irradiants, prennent vie dans ses toiles en tant que figures fortes, redonnant de la noblesse à leurs gestes, ou simplement de la visibilité à ce travail pas toujours reconnu.
L'artiste s'inspire souvent de compositions picturales classiques qu'elle subvertit en y intégrant des objets anachroniques, comme un bidon de lessive, réaffirmant son engagement féministe et anti-capitaliste. Certaines œuvres utilisent des matériaux ayant appartenu à des membres de sa famille, comme un hommage aux gestes de maintenance d'une époque pas si lointaine.
Chloé VITON
Hémathie, the Birth of Oni Baba - Sculpture,
tissus, latex, cheveux synthétiques, algues fuori,
bois. 200 x 200 x 200 cm. 2023
Les sculptures de Chloé Viton, activées lors de performances, peuplent un univers imaginaire construit à partir de récits mythologiques, de son imagination personnelle, d'histoires familiales et des sciences naturelles. L'ensemble permet de donner espoir et sens à un quotidien
dont les insécurités, notamment sanitaires et environnementales sont fortement anxiogènes.
Les figures, sans visages et non genres, renvoient souvent à des figures mythologiques féminines en butte au patriarcat de nos sociétés. Ainsi va de Hémathie, the Birth of Oni Baba, qui évoque une sorcière du folklore japonais du nom de Onibaba. À l'occasion d'une résidence de création au Japon, et pour le Salon de Montrouge, elle crée Tamago Tears, deux personnages dans le prolongement des recherches de l'artiste autour de la figure des Yokai, ou démons japonais.
TEXTE D'INTRODUCTION DU SALON
Le Salon d'art contemporain de Montrouge est un sismographe des tendances et des mouvements de la création émergente en France.
Son action démarre dès la diffusion de son appel à candidature jusqu'à l'accrochage des œuvres, en passant par un système attentif de sélection et un accompagnement curatorial sur mesure. Il s'agit, à présent, de découvrir le fruit de cette trajectoire.
Défendre les jeunes artistes, c'est accompagner la créativité par la diffusion de leurs œuvres et surtout par la rencontre avec les professionnelle et professionnels de l'art, les collectionneurs et collectionneuses et les publics. Mais soutenir les artistes dans leur démarche et leur exigence - y compris techniques et matérielles -, c'est aussi pratiquer un exercice d'écoute et de réflexion collective. C'est pourquoi nous nous sommes entourés d'un comité curatorial constitué de huit personnalités passionnées et qualifiées, œuvrant sur le territoire artistique français, afin de construire un environnement fertile et rassurant, capable d'ancrer les artistes dans cette dynamique relationnelle et ouverte inhérente à toute création. Choisies pour leur profil singulier, ces personnalités ont activement participé à la sélection avant d'accompagner les artistes, pas à pas, dans la préparation de ce Salon. Leur précieuse diversité de parcours, d'ancrage géographique et de points de vue reflète l'étendue du champ artistique actuel et se traduit dans la variété du choix des artistes.
C'est donc dans la continuité de ce travail collectif, fait d'analyses, de lectures, de débats, de réflexions, de doutes, de coups de cœur, que nous avons l'honneur de vous présenter la 68° édition du Salon. Un nouveau chapitre que l'on a voulu penser à partir de la question des « cohabitations » : inter-espèces, sociétales, identitaires, mais aussi en termes de systèmes de valeurs, de langages et de modes de vie. L'espace dans lequel quarante artistes, une dizaine de curateurs e curatrices.
une centaine d'œuvres d'art et quelques milliers de visiteurs cohabitent et dialoguent, devient un environnement qui nous interroge : « Comment l'art peut-il devenir un espace-temps dans lequel la cohabitation, ailleurs si difficile, peut-elle advenir ? De quels modes de partage peut-il être l'initiateur? » Car l'intention est bien celle de créer, par cette nouvelle édition, une relation continue, quotidienne et intime avec l'art. Un art qui se révèle être aux prises avec l'actualité, parfois tiraillé dans son propre camp, car il ne cesse de questionner le monde dans lequel nous vivons afin de répondre au besoin de sens, de repères, d'échanges d'amours et de confiance. La sélection d'artistes ici présentée met en avant cette pluralité des recherches, des propositions et des formes à l'oeuvre aujourd'hui. Le Salon se revendique ainsi comme un laboratoire dans lequel pouvoir penser et diffuser de nouvelles manières de créer. Une diversité que nous avons cherchée à rendre accessible à un public aussi large que possible.
La direction artistique. Andrea Ponsini et Marion Malisser